39/45 Magazine n°262 décembre 2008
Pour 6,00 €, 64 pages de la dernière publication HEIMDAL.
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Le programme est très inégal, plein de promesses parfois réalisées :
- Des blindés tchèques pour la Suisse
- Le sort tragique des prisonniers de guerre soviétiques capturés par la Wehrmacht
- La retraite allemande par la rive Ouest du Rhône en 1944
- Des Panzers au tapis !
- Panzer-attrapen : les chars factices allemands
- All this and World war II
- Génèse du Mur de l’Atlantique en Sud-Bretagne : la défense côtière allemande dans l’Ouest du pays bigouden (1)
En tout cas, les sujets sont variés, même si, là encore (cf B&B et Tank Zone), les sujets de combats purs et « lourds » sont rares.
Pour être honnête, la revue 39/45 Magazine est une des premières que j’ai acquise (c’est l’une des plus anciennes faut dire...). Or, ce numéro n’a presque pas changé depuis les origines, à quelques détails près, et en l’ouvrant, je me retrouve renvoyé plus d’une décennie en arrière ! Ce n’est pas que je n’aime pas le « coup » des madeleines de Proust, mais même pour un prix légèrement inférieur, ce n’est pas cette impression que je recherche en priorité quand j’achète une revue d’Histoire militaire.
Donc 64 pages…. Dont il faut immédiatement défalquer 5 pages de pubs, 6 pages de nouveautés librairies (très – trop – diverses, puisque des publications US accompagnent des ouvrages sérieux ou non, voire des BD !), et 2 pages de petites annonces.
Cela nous fait donc des articles assez courts, ce qui n’est pas toujours opportun au regard du sujet.
L’article sur les blindés suisses aurait pu faire mon bonheur, sauf qu’il n’est pas construit de manière facilement intelligible. Après deux lectures, et malgré un intérêt personnel pour la « blindaille exotique », je n’ai toujours pas compris quand et combien de tanks tchèques furent commandés et livrés à l’armée suisse…Beaucoup de choses sont abordées par l’auteur, mais dans le désordre et en zappant parfois l’essentiel. L’iconographie est superbe (un peu trop de « DR » à mon goût.. mais bon), avec deux profils couleurs (c’est annoncé depuis quelques numéros dès la couverture 39-45 Mag comporte « des profils couleurs à l’intérieur ! »…. C'est-à-dire 2, juste de quoi justifier le pluriel… quand on voit ce que les concurrents sont capables de faire…). Donc si on peut deviner que c’est à partir de 1936 que les tanks arrivent,… 24 ? Bref, le type même de l’article qui rate complètement son sujet pour le wargamer, le maquettiste ou le simple passionné d’histoire…
L’article sur le sort des prisonniers de guerre soviétiques ne porte pas réellement sur une opération militaire, et pour être honnête, il apporte peu de choses nouvelles, à part des détails sur les relations du CICR avec l’URSS de Staline (forcément mauvaises). Nous n’en serons pas réellement plus sur le sort tragique des hommes capturés par la Wehrmacht lors de son avance en Russie. Les chiffres fournis sont ceux des allemands, le sort de catégories entières de prisonniers (officiers supérieurs, femmes…) demeurent mystérieux… (c'est écrit, et manifestement l'auteur n'a pas cherché à en savoir plus... dommage !) Moi j’ai trop apprécié d’autres articles ou travaux de Mr de Lannoy pour développer, mais vous aurez compris que cet article ne fait à mon sens pas partie de ses meilleurs. Ah si, une remarque quand même, il ressort subrepticement de la lecture de cet article que la malédiction qui frappe les prisonniers russkofs résultent autant d’une volonté politique liée à la supériorité raciale affirmée des aryens sur les slaves (ça c’est évident), qu’à des chefs « pris de court » par les quantités de prisonniers faits (ça j’y crois moins, vu qu’ils n’avaient pas été dépassés en juin 40, avec des quantités déjà bien importantes et dans des délais très courts, donc la première cause est à mon avis la seule, et l'on peut s'interroger sur cette deuxième explication sortie de nulle part...). Et à ce propos, l’auteur nous ressort la théorie du « brise-glace » (p.10) selon laquelle Barbarossa est une attaque préventive allemande pour empêcher Staline de passer à l’offensive (théorie fumeuse, sortie des bureaux de Goebbels et régulièrement resservie sans preuve matérielle à intervalles réguliers, soyons sérieux, elle ne tient pas la route une seconde… à jeun en tout cas…). L’analyse des documents d’époque émanant d’Hitler et de son entourage au cours de l’été 41 est éloquente sur les raisons des exactions et mauvais traitements encouragés à tous les niveaux envers les populations et les prisonniers des terres conquises à l’Est. Pas besoin d’aller chercher ailleurs des explications nébuleuses et aux enjeux obscurs…
L’article sur la retraite allemande à l’Ouest du Rhône en 1944 est excellent et complet : ordre de bataille, cartes, photos, certaines en couleur… Il manque quelques détails sur l’ordre de bataille des résistants français, mais il m’a beaucoup plu, malgré le peu de combats « lourds ». je dirai que cet article est représentatif de la qualité Heimdal qui fait de certaines de ses publications des sources irremplaçables.
Des Panzers au Tapis est un album de photos (la plupart NARA) de Panzers lourds détruits et pris en photos par les GIs. On est entre Panzerwrecks et les fascicules Concord « Panzer in the gunsight » (pour ceux qui connaissent). L’idée est excellente, et perso j’apprécie beaucoup, sauf que les légendes sont un peu « light » (on a le nom des GIs mais pas le type du Panther…). Et aussi, l’idée n’est plus neuve fin 2008… Mais ne boudons pas le plaisir d’avoir quelques « lourds » en photo !
L’article sur les Panzer-attrapen est une excellente idée (quoique là encore, niveau combats intenses, on repassera !), et j’ai appris plein de trucs. Sauf qu’il manque un VRAI plan utilisable pour les maquettistes / wargamer (je ne parle pas des dessins, sûrement d’époque, pp. 41 et 43 très difficilement utilisables en l’état). En outre, les « attrapen » étaient de plusieurs types (les structures en toile à placer sur les Kubel existent même en résine de mémoire, et là encore, à part une légende de photo, rien d'autre…). Bien dommage, donc, surtout quand on voit ce que d’autres auraient pu faire en terme de plans pour scratcheurs fous…
L’article « All this and the World War II » traite d’un film inconnu et manifestement délirant des Beatles sur la seconde guerre mondiale qui fit scandale et fut interdit et détruit… oui bon, OK. Mais encore ? je n’ai rien contre le cinéma mais là c’est une revue d’histoire militaire… Ok c’est QUE 2 pages… mais quand même…
L’article sur les Bunkers en pays bigouden (10 pages pour la première partie) est l’exemple du « savoir-faire » Heimdal : bien construit, tiré des documents originaux et avec un vrai travail de recherche, il donne au lecteur les clés de ce que fut la constitution de l’Atlantikwall sur un secteur secondaire (mais fortifié quand même), avec son lot de modification, de projets avortés… Les informations sont détaillées à l’extrême est supportée par une iconographie à propos (la Bunkerarchéo est la seule matière qui justifie selon moi des photos de « retours sur le terrain », trop souvent utilisées à mon goût pour des raisons d’économies et de carences dans les recherches). Les plans sont intéressants et utiles, bref rien à redire !
Enfin, les rubriques habituelles (petites annonces, parfois savoureuses, du genre « recherche un canon si possible allemand…pour améliorer l’accueil(sic) »), et les nouveautés en librairie. A noter la quasi disparition de l’agenda des foires Militairia (définitivement « passé » sur la revue éponyme, ou la revue Traditions). De même, les nouveautés sortent parfois grandement du sujet (BD, romans…), alors que les parutions en Histoire militaire sont très nombreuses, surtout en cette époque de l’année (avec les fêtes)…
Bref, pour finir, la lecture de ce magazine permet de « remonter le temps », et c’est un choix qui se respecte même s’il peut lasser à la longue. Aucun réel effort pour renouveler un lectorat dont l’intérêt sera rarement suscité par ce numéro globalement moyen, fait de sujets secondaires et anecdotiques (j’ai souvenir de numéros sur l’avance de la 3. Panzer en Belgique et en France en mai 40, avec des photos couleurs, autrement plus intéressants…).
Mais surtout, cette revue ne présente plus aucune innovation, à une heure où la diversité des magazines, et les évolutions technologiques permettent au contraire de tout envisager : quand on voit ce que la concurrence est capable d’inventer, on se trouve bien déçu par les deux malheureux profils couleurs, et le portfolio d’épaves…
Cette impression est renforcée à la lecture de l’édito : « Premier magazine mensuel en langue française consacré à la Seconde guerre mondiale, 39/45 Magazine poursuit sa route après plus de vingt années d’existence , des centaines de sujets traités et des milliers de photos publiées. » Oui certes…