Trucks & Tanks n°11 - janvier 2009
Je n'aurais qu'un mot : Le temps de la maturité est venu… (bon OK ça fait plus d'un mot)
Pour 6,90 €, 90 pages pleines à craquer d’infos toutes plus inédites les unes que les autres. Pleines car peu de rubriques inutiles ou de pubs (3 pages), pas de courriers des lecteurs bidon ou de énième review des dernières nouveautés (souvent périmées à la sortie effective).
En revanche, une composition époustouflante, à la limite de l’écœurement de grosse fonte qui fuze, qui fracasse et qui feule… ce n’est pas une critique vu qu’au niveau des « gross schwere-Panzer », on n’avait pas été vraiment gâtés ces derniers mois !
Le sommaire :
COMPARATIF : Panther Ausf. vs. JS-3 modèle 1945
T28/95 - Un géant endormi
DOSSIER PANZERWAFFE 1946 - La recherche de la supériorité absolue
LE MAUS - L'arme absolue ?
LES EINHEITSFAHRGESETELL - Les successeurs
LA MOTO FN M 12A SM - La bonne à tout faire de l'Armée belge
CENTURION - un concentré d'expérience
PANZERWERFER - La mort mugissante
DIVISION SLOVAQUE - A l'assaut de l'ogre soviétique
COMMENT ÇA MARCHE ? - Les blindages de seconde génération
Bref quasiment que du lourd, et parfois du très bon !
Le comparatif est une innovation, s’agissant de deux tanks qui ne sont jamais affrontés (et pour cause puisque l’un des deux n’a jamais dépassé le stade de la planche à dessin des bureaux d’étude). La conclusion me paraît trop tranchée par rapport au fait que certaines caractéristiques du Panther restent inconnues et que le JS-3 est jugé à l’aune de performances contre des blindés plus récents (israéliens notamment). Mais l’auteur s’est « mouillé » donc après c’est affaire d’appréciation…
Le T-28 est une vraie découverte pour moi, puisqu’il s’agit d’un tank sans tourelle super-lourd de l’US Army. Le descriptif de sa conception est intéressant et les photos sont superbes et très parlantes. Rien à dire…
Le Dossier sur la Panzerwaffe 46 représente un sommet en terme d’achèvement et d’inédit. Le lecteur en a réellement pour son argent : profils, photos superbes, plans, données techniques et même un schéma tactique (indiscutablement un « plus » pour le wargamer). J’aurais aimé plus d’éléments sur les tactiques avec les nouveaux canons et les nouveaux transports de troupes (Kätzschen vus dans un précédent numéro), mais on est dans Trucks & Tanks pas dans Batailles & Blindés.
Certains râleront en se demandant comment de tels mastodontes auraient pu sortir en 46, mais une fois le postulat posé et évacué, restent de l’info brute à profusion.
Il manque juste une conclusion générale sur le devenir de ces matériels, et plus généralement de la tendance des nations au « toujours plus lourd »… Pourquoi cette tendance, portée à son paroxysme à la fin de 44 va-t-elle s’évanouir durant la guerre froide ? Est-ce lié aux configurations tactiques qui vont changer ? à des évolutions technologiques ? La disparition des « super-lourds » restent un mystère, comme celle des dinosaures, malgré ce numéro… On a quelques bribes d’indices dans d’autres articles (sur le Centurion) avec la référence au MBT et aux progrès des antichars air-sol et sol-sol mais bon…
D’ailleurs, cette conclusion aurait pu justement intégrer les éléments tirés des autres articles (Comparatif, T-28, Centurion) pour donner « du sens » à l’ensemble d’un sommaire d’un numéro qui n’est pas si déséquilibré que les apparences pourraient laisser penser. En synthétisant plus les développements sur le Maus, on pouvait libérer quelques lignes pour de tels développements…
C’était histoire de dire quelque chose, car malgré l’absence de conclusion, le dossier reste un exemple que l’on aimerait voir plus souvent dans nos magazines préférés…
Pour équilibrer avec le « super-lourd », voici un tricycle militarisé belge présenté en 4 pages, c’est assez. Il manque juste un schéma des répartitions au sein des unités de chasseurs ardennais, histoire que mon pote puisse compléter son armée Belge 1940...
Nous passons ensuite au Centurion, dans le cadre d’un article très intéressant, qui reste dans la tonalité globale de la course au « plus lourd » qui s’est engagée en 44 dans « the ETO »… En revanche, l’article s’arrête à la conception des Mk I et II, mais ne développe ni les opérations, ni les évolutions et versions dérivées utilisant le même châssis…
Ensuite, plus "léger", les Panzerwerfer, article standard sur l’armée allemande « fin de guerre ». Cet article me paraît à la fois ultra-ressassé par son thème (de l’allemand 43-45, on en a plein à longueur d’année), et pourtant, il s’agit d’un matériel rarement traité.
Enfin, un article « opérationnel » avec la présentation de la division mécanisée slovaque. Si le ton est assez « neutre », avec un niveau de détail à peine supérieur à Wikipédia (et surtout une perte de lisibilité par rapport à Batailles & Blindés et Ligne de front justement, vu que là ce n’est pas technique), les photos sont superbes et tirées de collection privée (dont celle de l’auteur, qui écrit aussi dans Champs de bataille - tiens tiens...- peut-être d’origine slovaque ?). Ce problème de lisibilité devient une difficulté majeure chez les plus gros éditeurs qui perdent leurs lecteurs au sein d ‘une gamme de magazine qui se recoupe trop. Cette revue étant accès technique, pourquoi ne pas traiter d’une unité sous cet angle, notamment si cette unité s’est singularisée justement par des transformations ou des matériels originaux ? Et les unités ayant modifié sur le terrain leurs matériels sont nombreuses, et il y aurait là un aspect trop souvent négligé et pourtant indispensable pour le maquettiste ou le wargamer. Entendons-nous bien, si le principe de traiter d’une unité mécanisée au sein de ce magazine ne me choque pas, il me semble possible d’aborder plutôt les aspects techniques, laissant les présentations générales et les descriptifs des opérations à d’autres magazines. Idée comme ça, car finalement, cet article perd de sa valeur au milieu de données techniques, et c’est dommage…
Enfin, l’article de présentation sur les blindages réactifs permet de se faire une idée de concepts que l’on manipule sur ses modèles, sans savoir comment cela marche justement… Utile, même si un peu long (les schémas auraient pu être de taille plus réduite).
Bref, malgré mes persiflages et mes râleries, cette revue atteint grâce à ce numéro un niveau inégalé. S’agit-il de la maturité ou d’un sommet sans lendemain, seul l’avenir nous le diras… Signalons simplement que là, il n’y a plus grand-chose à dire à part savourer sa lecture, y venir et y revenir…
Au passage, même les graphistes se sont mis à l’unisson pour nous offrir une couverture dont le visuel marque au milieu de rayonnages surchargés par son efficacité : la couleur n’est pas trop vive, ni trop sombre, et le ton automnalo-décadent associé à un « crayonné » de Panzer, rendent le meilleur effet… Conséquences de fêtes et de leurs excès ? les graphistes eux-mêmes se sont mis au service de la revue avec modération et efficacité.
Quand on compare la couverture de ce numéro avec celle du dernier Aérojournal, il n’y a pas photos !
Bref que du bonheur !
Pourvou qué ça doure !