Champs de bataille Thématique - Hors-série n°7 AUSTERLITZ
Pour 10,95 €, nous avons donc un fascicule relié avec une tranche (j'avoue préférer une reliure souple tellement plus facile à classer et à retrouver) de 98 pages, dont il convient de déduire 9 pages de pubs et de catalogue store4war... Soit 10 % ce qui largement exagéré.
Mais il convient aussi de décompter immédiatement un certain nombre d’autres rubriques qui se révèlent sans intérêt pour le lecteur au regard du sujet annoncé et traité. C’est ainsi que nous avons : une page de Wargames (avec des jeux sur Borodino, Waterloo…) deux pages de jeux PC sur la simulation en Premier Empire (sincèrement… les présentations sont trop succincts), 10 pages sur les armes à feu de l’époque (une étude sur les techniques et statistiques des feux de l’époque serait intéressante, mais là, on reconstitue un tir étape par étape avec un Mousquet… 1816 ! cet article n’est pas sans intérêt, mais la question est de savoir si les 10 pages n’auraient pas été plus utilement occupées au regard de l’ampleur du sujet traité…), cela fait finalement 76 pages consacrées au sujet, avec encore 4 pages sur Trafalgar…
Le sommaire est alléchant :
- le contexte : des guerres de la Révolution à celles de l’Empire ;
- les forces en présence ;
- La manœuvre d’Ulm ;
- Le « grenadier d’Oudinot » dans la campagne d’Allemagne ;
- La bataille d’Austerlitz ;
- La plus brillante campagne de Napoléon ?
Bon, plongeons maintenant dans la lecture d’un texte dense et très instructif.
La première partie sur le « contexte » de 13 pages remonte à très loin et brosse un tableau global d’une Europe divisée par des puissances aux intérêts fortement contradictoires. Le lecteur dispose ainsi des éléments de compréhension nécessaires, même si pas mal d’infos me paraissent manquer ou en tous les cas, être présentées de manière confuse. Si l’on comprend vite que les autrichiens, selon l’auteur, ne veulent pas d’une guerre mais poursuivent les pourparlers de constitution de la 3ème coalition avec les russes, le texte paraît mal construit, et on se retrouve vite « balloté » entre les mouvements erratiques des flottes franco-espagnoles et les pourparlers entre les membres de la 3ème coalition (en clair, j’ai un peu décroché pp. 10-11). Ajoutons à cela quelques pbs de relecture.
Bref on se perd dans une chronologie, et dans les plans successifs, des deux camps. Quelques cartes avec les variantes successives auraient été plus efficaces et plus claires.
Vient ensuite le détail des forces en présence sur 5 pages, où sincèrement le joueur Empire n’apprend rien… L’ordre de bataille n’est d’ailleurs pas suffisamment précis coté français car il manque les régiments (un comble), comme coté bavarois ou autrichiens. Au passage, le pb de la remonte, qualifié de pas « crucial » a réellement engendré des difficultés, amenant à transformer une division de dragons en « dragons à pied » (page 20).
La manœuvre d’Ulm est un article conséquent de 20 pages (avec un encart de 2 pages sur les lettres d’un grenadier d’Oudinot manquant singulièrement de souffle « épique », l’auteur hésitant entre l’historique d’unité, la généralité ou l’histoire émouvante d’un soldat…). Les cartes sont très bonnes, mais le texte beaucoup moins… Le descriptif des opérations est soit trop détaillé, soit pas assez, mais il manque des éléments importants pour comprendre ce que ce pauvre Mack est allé faire dans la galère d’Ulm (faut dire que j’ai repris en parallèle les 5 tomes en 6 volumes de la Campagne de 1805 en Allemagne d’Alombert & Colin… le must !).
La logique de la série de combats de rencontre, avec les changements d’avis de Mack, est difficile à appréhender dans ce texte, alors que la cartographie est intéressante (cartes et parfois orbat pour chaque grand affrontement) de cette campagne d’Ulm : Wertingen, Gunzbourg, Haslach-Jungingen (ce dernier étant particulièrement incomplet : carte incompréhensible, orbat que français…), Elchingen….
La poursuite est là encore décrite avec moultes cartes, bienvenues, et quelques orbat (Amstetten Hollabrunn), une mention spéciale pour la carte de Durnstein qui montre bien le danger de la division Gazan, complètement tournée par Dokhtorov.
L’erreur de Murat est trop facilement « passée » page 41, alors qu’il y avait tant à dire, comme sur la prise des ponts par les Maréchaux, là encore quasiment « zappée », alors qu’il s’agit d’un élément symptomatique de la valeur des officiers français, comme de leur naïveté.
La bataille d’Austerlitz est le cœur du hors-série (pardon thématique), avec un descriptif de 19 pages (et 5 pages d’orbat détaillé). Les cartes sont toujours aussi sympa et le texte toujours aussi… moyen. La représentation de la bataille devient assez confuse, les cartes ne matérialisant pas suffisamment les mouvements des deux parties (la carte du plan autrichien page 51 étant sujette à caution), notamment celle sur l’attaque du Pratzen qui est trop confuse pour une situation relativement claire (p. 57), comme celles pp.58 à 60, où finalement on se demande si plusieurs petites cartes successives n’auraient pas été mieux (en fait si mais bon…).
La conclusion « la plus brillante campagne de Napoléon ? » fait 4 pages. Si les « enseignements d’Ulm » sont à mon avis peu clairs et convaincants (la question des informateurs et espions est globalement « zappée »), les « enseignements de Austerlitz » (sic) sont très intéressants avec notamment la donnée de l’absence de Davout envisagée, et l’importance des réserves françaises non engagées à la fin de la bataille. Mais l’auteur n’en tire pas toutes les conséquences : les Coalisées ne devaient surtout pas attaquer, et le petit tondu a tout fait pour les amener à l’attaquer. Et je ne suis pas d’accord avec la possibilité de détruire Bagration, bien trop bon manœuvrier pour pouvoir être aussi facilement « attrapé » même avec plus d’hommes… et je ne suis pas sûr que les efforts diplomatiques entreprise les jours avant la bataille fussent sincères (p. 70).
L’article sur Trafalgar n’a pas particulièrement attiré mes remarques, même si la cartographie est là franchement ratée (le choix de différencier les camps en changeant les couleurs des noms des navires, eux de même couleur….).
Globalement, les auteurs se sont mouillés mais ce Hors-série Thématique (ouais j’ai bon) souffre d’un manque de sources diversifiées (la Biblio cite d’abord des Osprey… no comment), et surtout d’un soin plus attentif à ce que le lecteur peut comprendre (les cartes auraient pu et du être séparées en plusieurs parties…), et à ce qui peut intéresser le lecteur (plus d’orbat et moins de photos d’un fusil qui fait de la fumée… par exemple).
L’iconographie est assez pauvre, avec une grosse quantité de superbes clichés couleurs de la reconstitution d’Austerlitz.. C’est vrai que c’est pas mal, mais cela n’aide pas à peindre ses figurines, surtout quand on n’a pas le nom des clubs ou leur nationalité (au vu des écarts de sérieux, c’est important).
Bon, ces photos valent mieux que les captures d’écrans de jeux vidéos qu’on a parfois, mais quand même…
Bref, un travail inachevé, avec de belles intentions, mais un manque de relecture et de rigueur dans la construction. Finalement, tout reste à écrire sur ces campagnes (oui deux au moins : Ulm et Austerlitz). La prochaine fois peut-être ?